Arrive un moment où le citoyen mécontent doit prendre ses responsabilités et se donner les
moyens de faire changer les choses. Il y a quelques siècles, cela consistait à se munir de sa fourche pour aller en découdre, mettre à sac les endroits stratégiques et couper quelques têtes. Aujourd'hui, des fâcheux voudraient nous faire croire que la situation n'a pas beaucoup évolué, si ce n'est que l'Humanité a découvert le cocktail molotov, la batte de baseball et la carabine à plombs, meilleurs amis du révolutionnaire contemporain avec Facebook et Twitter.
Au risque de passer pour un affreux réactionnaire, j'affirme qu'il y a d'autres façons de faire. Utiliser la violence, c'est troubler l'ordre public et légitimer son usage en retour. Chacun s'accordera, je pense, à reconnaître que nous ne sommes pas dans une situation aussi désespérée que les Syriens, et que par conséquent la guérilla urbaine est superflue. Inutile, aussi : tenter de déstabiliser le gouvernement ne nuira pas à la finance internationale, au contraire. Il s'agit donc d'utiliser ses armes contre elles, et de frapper là où ça fait mal, dans les bourses.(1) C'est l'esprit de ce petit guide du révolutionnaire, qui vous permettra de chanter l'internationale sans sortir de chez vous.
I. Videz vos comptes et placez vos économies dans des banques coopératives. Les grands
groupes se moquent du monde depuis le début de la crise, ne dissimulant leur avidité derrière un repentir hypocrite que lorsqu'ils ont besoin de garantie ou de prêts publics. Dont acte. Feront-ils toujours les malins amputés d'une bonne partie de leurs fonds et ne pouvant plus utiliser les petits épargnants comme prétexte à leur sauvetage ?
II. Ne souscrivez plus de crédit à la consommation. Faut-il rappeler que c'est en grande partie à
cause des emprunts inconsidérés de monsieur tout le monde que nous sommes aujourd'hui dans une telle situation ? Asphyxier les rapaces financiers qui portent le nom de sociétés de crédit, c'est participer au salut de l'espèce humaine, rien de moins. Que les incrédules aillent voir Toutes nos envies au cinéma.
III. Revendiquez votre pouvoir d'acheteur, celui de choisir. Évitez les groupes connus pour leurs
délocalisations, leur évasion fiscale ou que sais-je. Favorisez les entreprises responsables et les productions sinon locales ou nationales, en tout cas européennes.
Et enfin, si vous faites déjà tout cela mais que ça ne suffit pas : votez pour que tout le pays le fasse avec vous. Nul ne m'accusera d'être un crypto-marxiste, mais je crois en la démocratie et au vote protestataire. Si le Front de Gauche ou le NPA font dix, quinze ou vingt pourcents -il ne s'agirait pas non plus qu'ils arrivent au pouvoir, tout de même- le reste de la classe politique sera obligé de reprendre certaines de leurs idées les moins sottes dans le domaine économique.
Alors en un mot comme en cent, agissez, et faites agir autour de vous. Mais de grâce, pas en
plantant votre tente sur le parvis de la Défense.
(1) : Pardon.